RDC : Quand la réforme minière se heurte à la réalité sociale
La décision du ministre des Mines de suspendre, de manière préventive, les activités des entités de traitement des minerais artisanaux au sein de la filière cupro-cobaltifère, a suscité un véritable débat. Si l’objectif assainir un secteur largement fragilisé par des circuits illégaux est louable, le mode d’exécution pose question.
En frappant toutes les entités, qu’elles soient en règle ou non, l’arrêté crée un blocage quasi total de la chaîne de commercialisation. Sur le terrain, les conséquences sont immédiates : dépôts fermés, revenus bloqués, familles plongées dans l’incertitude. Au Lualaba, où l’exploitation artisanale représente plus de 80 % des revenus locaux, le risque social est immense.
La réforme du secteur minier ne peut réussir si elle ne tient pas compte des réalités locales. Il ne s’agit pas seulement de punir les acteurs en infraction, mais de mettre en place un processus progressif, ciblé et accompagné, qui permette à l’exploitation artisanale légale de continuer à vivre, tout en garantissant la traçabilité des minerais.
Le défi est double : sécuriser la filière pour l’économie nationale et protéger les moyens de subsistance de milliers de familles. Sans cette approche équilibrée, le risque est que la mesure, pourtant pensée pour assainir le secteur, produise des effets contraires, exacerbant précarité et tensions sociales.
La RDC a besoin de réformes courageuses, mais également de pédagogie et de solutions transitoires. L’heure n’est pas à la confrontation, mais à l’équilibre entre régulation et survie économique locale.
