Dédollarisation : le test de vérité du franc congolais

La Banque centrale du Congo a franchi un nouveau cap en s’attaquant aux messageries financières, désormais sommées de proposer systématiquement les transferts d’argent en franc congolais. Ce choix n’est ni anodin ni technique. Il touche au cœur d’un mal ancien : la dollarisation profonde de l’économie congolaise, devenue au fil des décennies un réflexe collectif plus qu’une simple préférence monétaire.  Avec plus de 90 % des transactions effectuées en devises étrangères, la RDC vit dans une économie où la monnaie nationale circule sans réellement régner. En ciblant les transferts d’argent canal majeur des flux financiers domestiques et de la diaspora la BCC s’attaque à un symbole fort, mais aussi à un levier concret pour recréer une demande réelle de franc congolais.  Le pari est audacieux. Car une monnaie ne s’impose pas par décret. Elle s’impose par la confiance, la stabilité et l’utilité. Or, pendant longtemps, le franc congolais a été associé à l’inflation, à l’instabilité et à la perte de valeur. Aujourd’hui, les autorités monétaires affirment que le contexte a changé : inflation en repli, taux de change plus stable, croissance annoncée robuste pour 2026. Ces signaux sont nécessaires, mais encore insuffisants.  La dédollarisation ne peut réussir sans un système bancaire capable d’absorber, de sécuriser et de recycler les flux en monnaie nationale. Tant que les banques privilégieront les dépôts en dollars et que les crédits en franc congolais resteront rares ou coûteux, les ménages et les entreprises continueront à se réfugier dans la devise américaine. La réforme doit donc être cohérente : discipline réglementaire, incitations économiques et renforcement de la crédibilité des institutions financières.  Le risque d’une dédollarisation précipitée existe. Dans une économie fortement importatrice, où le dollar reste la référence pour les prix stratégiques, toute contrainte mal calibrée peut nourrir l’informel, accentuer la segmentation des marchés et fragiliser les plus vulnérables. La transition doit être progressive, lisible et accompagnée.  Mais l’enjeu dépasse la technique monétaire. Il est politique et souverain. Restaurer le franc congolais, c’est réduire la dépendance externe, renforcer la capacité de l’État à conduire sa politique économique et redonner un symbole de confiance collective. La question n’est donc pas de savoir s’il faut dédollariser, mais comment le faire sans casser la fragile stabilité acquise.  Le franc congolais est à l’épreuve. Cette fois, ce n’est plus un discours : c’est un test de crédibilité.

La Banque centrale du Congo a franchi un nouveau cap en s’attaquant aux messageries financières, désormais sommées de proposer systématiquement les transferts d’argent en franc congolais. Ce choix n’est ni anodin ni technique. Il touche au cœur d’un mal ancien : la dollarisation profonde de l’économie congolaise, devenue au fil des décennies un réflexe collectif plus qu’une simple préférence monétaire.

Avec plus de 90 % des transactions effectuées en devises étrangères, la RDC vit dans une économie où la monnaie nationale circule sans réellement régner. En ciblant les transferts d’argent canal majeur des flux financiers domestiques et de la diaspora la BCC s’attaque à un symbole fort, mais aussi à un levier concret pour recréer une demande réelle de franc congolais.

Le pari est audacieux. Car une monnaie ne s’impose pas par décret. Elle s’impose par la confiance, la stabilité et l’utilité. Or, pendant longtemps, le franc congolais a été associé à l’inflation, à l’instabilité et à la perte de valeur. Aujourd’hui, les autorités monétaires affirment que le contexte a changé : inflation en repli, taux de change plus stable, croissance annoncée robuste pour 2026. Ces signaux sont nécessaires, mais encore insuffisants.

La dédollarisation ne peut réussir sans un système bancaire capable d’absorber, de sécuriser et de recycler les flux en monnaie nationale. Tant que les banques privilégieront les dépôts en dollars et que les crédits en franc congolais resteront rares ou coûteux, les ménages et les entreprises continueront à se réfugier dans la devise américaine. La réforme doit donc être cohérente : discipline réglementaire, incitations économiques et renforcement de la crédibilité des institutions financières.

Le risque d’une dédollarisation précipitée existe. Dans une économie fortement importatrice, où le dollar reste la référence pour les prix stratégiques, toute contrainte mal calibrée peut nourrir l’informel, accentuer la segmentation des marchés et fragiliser les plus vulnérables. La transition doit être progressive, lisible et accompagnée.

Mais l’enjeu dépasse la technique monétaire. Il est politique et souverain. Restaurer le franc congolais, c’est réduire la dépendance externe, renforcer la capacité de l’État à conduire sa politique économique et redonner un symbole de confiance collective. La question n’est donc pas de savoir s’il faut dédollariser, mais comment le faire sans casser la fragile stabilité acquise.

Le franc congolais est à l’épreuve. Cette fois, ce n’est plus un discours : c’est un test de crédibilité.